Métis Presses Sàrl Genève

Bleuir l’immensité

Les cahiers Gabbud ou la poésie graphique d’un jeune berger qui prit son temps
Karelle Ménine

Lors d’une résidence de recherche au CREPA (Centre régional d’études des populations alpines) à Sembrancher en Valais, Karelle Ménine découvre un ensemble de documents d’archives exceptionnels. De simples cahiers d’écolier datant du début du XXe siècle remplis d’une fine écriture au tracé débridé dessinant des pages dignes des plus belles pièces de l’Art Brut. Leur auteur est un certain Maurice Gabbud, jeune berger de quinze ans. L’originalité et la puissance graphique qui s’en dégagent et le mystère entourant leur élaboration retiennent immédiatement l’attention de la chercheuse.

Avec cette découverte s’ouvrent pour Karelle Ménine quatre années d’interrogations, d’enquête et de réflexion durant lesquelles elle essayera de comprendre aussi bien le contenu des cahiers que les raisons qui ont amené ce jeune homme à se consacrer à une telle activité d’écriture. Issu d’une famille de paysans de montagne, Maurice Gabbud sera à sa mort, en 1938, un journaliste renommé et un pionnier de la dialectologie suisse romande. De cet itinéraire, les cahiers exhumés ne sont en rien une explication ou une raison : ils sont une rupture et un tourbillon, la marque d’une métamorphose.

Avec Bleuir l’immensité, Karelle Ménine scrute les pages fascinantes des cahiers Gabbud. Elle en décrit les extravagances et les séductions, guide le lecteur à travers leurs méandres, tout en reliant leur contenu à l’Histoire, à l’art et à la littérature auxquels ils ne cessent de se référer. Ainsi, d’hypothèse en hypothèse, l’auteure retrace l’ouverture au monde d’un adolescent autodidacte, décrit le contexte dans lequel il grandit et se forme, et fait des cahiers le miroir d’une soif d’apprentissage et de découverte.

Ce désir du monde est aussi désir de culture. Karelle Ménine compare alors le geste du jeune berger, son besoin de noter et de saisir ce qui l’entoure à celui de tant d’autres écrivains afin de décliner en autant de chapitres les multiples dimensions qui portent certains et certaines vers l’écrit pour en faire leur lien privilégié au monde.

Auteure franco-suisse, Karelle Ménine interroge dans son travail notre rapport à la littérature et au monde de l’image. Sa passion pour les archives la conduit à se plonger régulièrement dans des documents personnels ou anonymes. Diplômée de l’Université Jean Jaurès de Toulouse en histoire contemporaine et de l’Institut de journalisme de Paris, elle a été reporter pour France Culture et la Radio suisse romande. Elle a plusieurs fois collaboré avec le Festival d’Avignon et son ouvrage «La Pensée, la Poésie et le Politique» a été adapté à la Comédie Française en 2020. Elle inaugure ici la collection «archVives», dont elle assure la direction.

26,00 

pages : 152
format : 171  x  223 mm
ISBN : 978-2-940711-03-1
sortie : 29.04.2022

Dans la même collection

Presse

Aujourd’hui, Karelle Ménine publie aux Editions MētisPresses un bel ouvrage relié de toile bleu, au titre doré: Bleuir l’immensité, un écrin pour raconter les cahiers de Maurice Gabbud. En 144 pages, elle aborde en historienne et en écrivaine cette graphie indisciplinée, foisonnante, aussi dense et serrée qu’une forêt, pour en montrer toute la portée (poétique, philosophique, mais aussi historique).

Julien Burri, Le Temps, 28 mai 2022

L’autrice et historienne franco-suisse Karelle Ménine a déniché un trésor. Du moins en est-ce un pour elle et c’est avec ses yeux qu’il faut appréhender Bleuir l’immensité puisque cette histoire est aussi la sienne : celle d’une chercheuse férue d’archives qui, un jour, trouve et creuse.

Thomas Stélandre, Libération, 21 juillet 2022