Métis Presses Sàrl Genève

Des jardins et des livres

Michael Jakob (éd.)

En occupant la place sur son support, le texte imprime – et exprime – une structure; les signes disposés avec art confèrent au document entr’ouvert une forme qui, immédiatement, saute aux yeux. Le jardin implique, lui aussi, indépendamment de ses innombrables variantes possibles, une disposition intelligible, l’assemblage pertinent de ses composantes. Il est donc possible de lire un jardin, et ceci est même inévitable. L’herméneutique du jardin s’avère donc être une nécessité. Cela n’équivaut ni à prôner une théorie générale du jardin, ni à développer l’analyse de tel ou tel autre jardin particulier, mais à interroger l’espace où, d’une part, la littérature (au sens large) s’impose en tant que reflet du jardin, et d’autre part, le jardin se concrétise en puisant dans des sources littéraires.

Car le livre et le jardin ont en commun une origine culturelle. Prenons un exemple: les fleurs sont aux jardins ce que les éléments fleuris de la rhétorique ont été pour le discours, à savoir la base d’une véritable stylistique. Découvrir la beauté d’un jardin et la beauté d’un texte fait dès lors appel à des capacités de lecture et d’imagination similaires: une sensibilité et une connaissance des détails est nécessaire (il faut connaître le nom des fleurs comme le sens des mots), tout en gardant à l’esprit la vue d’ensemble, la totalité de l’œuvre composée que l’on va parcourir. Le jardin représente, «comme la scène et le musée, comme la bibliothèque et la coupole de l’observatoire astronomique, comme l’orchestre et le temple et la salle du trône, une enceinte sacrée de notre dignité la plus élevée» (Rudolf Borchardt). Il est, tout comme le livre, l’expression majeure d’un certain humanisme.

Dans un jardin, l’on se perd (il est même parfois indispensable de le faire, surtout dans les jardins pittoresques), comme l’on se perd dans un livre qui envoûte. Les textes que l’on apprécie ont, comme les jardins que l’on aime, une atmosphère très particulière. Ces deux formes artistiques essentielles ouvrent des espaces qui ne se limitent pas à fonctionner en tant que lieu d’évasion. Le livre et le jardin exigent, mieux, ils créent les conditions de possibilité d’une attention inhabituelle. Le promeneur fait une halte dans un jardin, pour contempler tel ou tel coin, tout comme le lecteur s’arrête au milieu d’un texte, à un endroit précis, pour mieux comprendre sa signification. Certains passages accélèrent la vie du lecteur-promeneur, alors que d’autres lui demandent, au contraire, de ménager ses forces, en lui faisant suivre des chemins tortueux, à l’enseigne de la lenteur. 

Michael Jakob enseigne la théorie et l’histoire du paysage et de l’architecture à l’hepia et l’esthétique du design à la HEAD de Genève. Il est professeur invité au Politecnico de Milan et à l’Académie d’Architecture de Mendrisio. Ses recherches actuelles portent sur l’espace du vertige et les montagnes artificielles. Il est l’auteur, entre autres, de «Paesaggio e letteratura» (Olschki, 2005), «Paysage et temps» (Infolio, 2007), « Il Paesaggio » (Il Mulino, 2009), «Il giardino allo specchio» (Bollati Boringhieri, 2009), «Mirei Shigemori e il nuovo linguaggio del giardino giapponese» (Tararà, 2012), «Poétique du Banc» (Macula, 2014), «Cette ville qui nous regarde» (b2, 2015) et directeur scientifique de «Autour du Léman» (MētisPresses, 2018).

65,00 

pages : 464
format : 245  x  300 mm
ISBN : 978-2-94-0563-33-3
sortie : 24.05.2018

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